L’Etrange féminin, 6 nouvelles, éditions du Typhon, collection Les Hallucinés, septembre 2020
Caroline Audibert • Marie Cosnay • Bérengère Cournut • Clara Dupuis-Morency • Hélène Frappat • Karin Serres Rassemblées par Lucie Eple
Un collectif inédit d’autrices s’empare de nos parts d’ombre pour questionner nos préoccupations contemporaines : l’émancipation féminine, la nature, la violence en y faisant jaillir la puissance de l’imaginaire.
Six autrices des plus singulières de la littérature française contemporaine s’en vont explorer l’étrange.
Six expéditions qui bousculent et métamorphosent le réel pour s’en émanciper. Six voyages à travers l’envoutement du féminin, de la nature et de la création. Six immersions dans les mystères du monde et de l’intime.
Six aventures épousant les reflets profonds de l’ombre.
Six expériences comme autant d’incantations pour l’obscurité, la sorcellerie et la littérature. Ce morceau de nuit qui a toujours une longueur d’avance.
« Le monde a besoin d’être soulevé. Il faudrait un bâton de sorcière. Et celles qui président ici à la cérémonie nous envoûtent par des rythmes incantatoires, par le dévoilement de leurs paysages intérieurs, tissés de mots et de souffles qui épousent les vibrations d’une nature luxuriante et vertigineuse.
Un fleuve tempéteux chez Caroline Audibert charrie une force magique engendrant une métamorphose. Une forêt chez Bérengère Cournut est le lieu d’une transformation d’un roman d’apprentissage en cosmogonie. Karin Serres, enfin, rend sa liberté au monstre né de l’expérience scientifique des Hommes, par la sororité dans un refuge au fond des bois.
Hallucinées, spirituelles, écologiques, telluriques, fantas- tiques, toutes, avec volupté, par défi, par témérité, traversent le miroir et révulsent le regard, traduisant pour nous les fruits de voyages qui sont autant de fleuves sans rives.
Plonger dans le maelstrom du monde, tanguer sur ses in- certitudes, détisser, se perdre, se répandre, se déposséder, se confronter aux parts d’ombre et au sang, sont ici les chemins d’une libération qui mène aux aubes nouvelles. »
Lucie Eple
Caroline Audibert signe « La femme du fleuve », longue nouvelle évoquant une catastrophe naturelle qui s’apprête à ravager le sud de la France. Dans une scène d’introduction haletante et inquiétante, un orage violent inonde les territoires et les fleuves. Naïs, une jeune peintre en route pour son exposition, est prise dans la tempête et voit sa voiture propulser dans un fleuve en furie. Embourbée dans les eaux, elle sortira bouleversée de l’expérience.
Emprunt de réalisme magique, La femme du fleuve raconte l’histoire d’une transformation. C’est aussi le récit de la puissance de la nature qui déchaînée nous déchaîne intérieurement. Une fiction traitée comme une allégorie du désir et de la création.
« L’eau grimpe le long des cuisses, s’insinue dans les plis tièdes de la chair. La robe flotte, pétale de coquelicot. Naïs contemple le rouge de la soie, toison qui ne peut être d’or. Sous l’emprise des eaux, sans résistance. C’est peut-être cela, rentrer dans le tableau, quand la couleur vient vous chercher. Naïs croise son regard gris dans le miroir du rétroviseur. Une fugitive. Plus personne pour dire je. L’eau monte, imbibant la mousse du siège. Le fleuve roule ses eaux, s’empare, avale, bouscule corps et vouloir. »